BIOGRAPHIE

Quel message ?

Des dessins arc-en-ciel, enserrés de fer, aujourd’hui offerts aux regards des amateurs et autres curieux de l’Atelier 53. Dans la moiteur de ce mois de juillet, au cœur du Petit Bayonne, l’art se livre dans sa plus simple expression, à coups de crayons aux teintes primaires. Un vent de fraicheur souffle et rend témoignage de la Lumière ! Le coloriage de l’enfance est porté à sa quintessence ; il touche à la pureté du Vivant, sans prétention, plein d’un désir fou : donner tout !

De sous-bois aux natures mortes, de forêts en vallées, entre fleurs et légumes, les visages de femmes, de mère et d’enfant calcinent les présupposés de la pensée ambiante. Exigence. Equilibre. Acuité. A contre-courant d’une peinture liquéfiante, qui noie et défait, ici la structure irradie l’Energie de l’Amour. Cette manière d’exposer détonne par la puissance de sa radicalité. On ouvre le fruit pour en cueillir la chair. On ne fait pas que contempler, on en mange les formes et les couleurs, les odeurs et les senteurs ; on se nourrit de ses révélations ! On se découvre Un et participant du Tout.

Ces dessins sont des bouts de pain rompus, a priori rien d’extraordinaire ! Pourtant ce sont des miettes d’éternité livrés pour sanctifier le quotidien, rétablir le lien, révéler le sacré à nos yeux ensommeillés ! Cette façon d’être en présence est un véritable bien commun, qui a traversé les âges. Par cette posture, l’art se fait nourriture d’humanité.  Dans l’atmosphère de l’ancienne cité lacustre des bords de l’Adour, le bon port offre un bel ancrage à cette peinture au goût d’eucharistie. Sans manière, sans même en donner l’air, sous nos yeux ne se tiendrait-il pas l’art du troisième millénaire ?

Enfance

Qui ose, dans un naturel désarmant, cette provocation ? Un prénom de fleur l’avait tout désigné à jardiner les âmes. Hortense HÄUSSLING-FOURNEAU est une peintre-canal. Elle passa son enfance sur un quai de l’île Saint-Louis, au cœur de Paris, là où la Seine s’est donnée deux bras pour faire danser la Terre. Depuis l’appartement familial avec vue sur le Panthéon, Saint-Etienne du Mont et Notre Dame, elle baigna sa vision dans l’art absolu des bâtisseurs d’œuvre monumentale… Pourtant, elle vécut l’extase dans la contemplation des mouvements de l’eau et du vent. Le fleuve coule en particules ondulantes, imperturbablement. Dans ce magma fluide et chocolaté, aussi sale qu’il était glauque, elle percevait des trésors insoupçonnés. Au sein de l’immonde, étincelle le monde. Cette sensation rompt l’isolement dans lequel elle vécut des années durant…

Pas d’école, elle fut instruite au domicile d’une femme écrivain qui lui enseigna quelques notions de culture générale et essentiellement la poésie. Elle imaginait, créait des costumes, peignait toute la journée.

Sa mère cantatrice la voulait danseuse ; elle s’appliqua et pratiqua quotidiennement sans soumission. Elle se savait peintre hors de toute compromission. Elle fait danser ses toiles en appliquant la rigueur classique où le corps est instrument de la perfection. « Toute ma vie, j’ai dessiné, d’après nature, des pommes et des citrons ! » sourit-elle gravement. « Enfin, pas que… fort heureusement ». Elle ajoute que l’exercice inlassable de ces gammes picturales lui permit un déploiement de sa technique.

Hortense HÄUSSLING-FOURNEAU a grandi dans une famille de médecins, de savants et d’artistes. Juliette ADAM, son arrière-grand-mère, créa le Prix Femina. A la confluence de ces disciplines, elle fut saisi dans sa chair que l’art par essence est guérison. Cette atmosphère aussi riche que contraignante créa le désir d’un véritable appel d’air.

Une rencontre décisive

Entrée brillamment à l’Ecole d’Arts plastiques Met de Penninghen, puis l’année suivante à l’Ecole Nationale des Arts Décoratifs à Paris, elle lâcha tout, suite à sa rencontre bouleversante avec Juan-Luis COUSIÑO. Ce précurseur génial devint plus qu’un maître et ami. Elle s’initia et approfondit, sous sa direction, l’étude du principe d’angulation, le style caractéristique de la géométrisation, commun à toutes les Hautes Epoques, l’expression sensible du vivant en tant qu’image du transcendant. Elle s’engouffra dans le savoir-faire pour tout donner ! 

Changement de vie

A vingt ans, elle quitta la France pour le Sud de l’Allemagne. Elle épousa le philosophe Joseph HAUSSLING, élève d’HEIDDEGER. Aux côtés de Joseph, Hortense poursuivit sa quête esthétique. Ensemble, ils eurent 4 filles, Magdalena, Judith, Séraphine et Sybille.

Héos

En 1976, Hortense Häussling-Fourneau fonda avec Juan-Luis Cousiño, et son groupe d’artistes et d’élèves, l’Atelier Héos à Paris. Ce nom veut dire Aube en grec. Ce fut bel et bien l’inexorable montée du jour qui fit signe pour ce mouvement artistique : il recherche l’abstraction au-delà de l’apparence, fait ré-émerger les lignes de forces qui structurent le Vivant où tout s’opposent en harmonie. Cette nécessaire marche des contraires, où le pair épouse l’impair, déploie l’infini au cœur du fini. L’artiste rend visible la relation Dieu en sa création par une ontologie du besoin. Le créateur a faim de sa créature qui a faim de son créateur. Ce furieux appétit doucereux est appel de l’amour à lui-même. Hortense est formelle : « sans amour, pas d’art ! »

Viatique de son œuvre oxymore et de sa vie ! Cet engagement libère l’inconscient d’une humanité, dans cet au-delà de l’ego ; il est l’expression de l’Être. La fulgurance artistique se vit dans l’anéantissement de la volonté propre, pour faire de la place à plus grand que soi. C’est un chemin de croix. Les angoisses, peurs et souffrances du monde et de l’homme en état de perdition, en ce début de Troisième Millénaire, trouvent là un exorcisme de choix ! Avec Dostoïevski, la beauté sauvera le monde ! Avec Malraux, la tâche du XXIème siècle sera de réintroduire les Dieux dans l’homme. Avec Haussling-Fourneau, la beauté scelle les retrouvailles de l’homme avec Dieu. Il se souvient ! Emerveillement quotidien ! 

En 1980, le collectif Héos réalisa Le messager, première peinture murale à Paris, rue de l’Amiral Roussin, à partir d’une maquette de Juan Luis. L’art s’offre à la vue de tous les quidam-passants ; l’amour les attend tous au tournant… Durant 4 semaines, du haut de l’échafaudage, Hortense fit de ses pinceaux des lassos amoureux... De ces formes angulées en couleurs spiralées, semble émaner la voix d’outre-vie de Christiane SINGER « Où cours-tu, ne vois-tu pas que le ciel est en toi ? » Vertu de l’art qui rend le ciel à la terre pour sortir de l’enfer !

Hortense Häussling-Fourneau affectionne très spécialement l’art du portrait. Ernst JÜNGER, La Comtesse de Paris, le Dr VERONESI, Mme PIRELLI, Mme Liz MOHN de la fondation BERTELSMANN, la Princesse Attilia LANZA... sa propre famille, ses amis, ses enfants et petits-enfants... et tous les anonymes ! Elle les a peints. Sa collaboration avec la décoratrice Nella LONGARI a produit une série de 23 portraits, présentés dans la célèbre galerie de la Via Bigli, à Milan.

Dans tous les visages rayonnent au-delà du temps le Visage du Nouvel Adam. Le Christ ! Cet axiome traverse le temps. L’équilibre des forces opposées est commun à toutes les œuvres d’art des Hautes Époques. Ce sont des périodes où l’expression est plus importante que l’artiste parce qu’il travaille pour Dieu.

Pour Juan-Luis Cousiño, ce principe se vérifie dans le Saint Suaire qui constitue selon lui l’œuvre archétypale. C’est la grâce tout autant que le martyr de l’artiste, entre autre fous, de pouvoir le voir. C’est sa croix jubilatoire de le donner à voir et d’en témoigner. Tout au long de sa carrière, Hortense HAUSSLING-FOURNEAU a, dans cet esprit, exposé à Paris, Berlin, Wuppertal, Milan, Mayence et plus récemment Bayonne.

Retour aux Racines

En 2000, pour Hortense HAUSSLING-FOURNEAU, c’est le retour au Pays Natal. Avec force et déraison, elle est élevée par la puissance du lien ombilical avec sa terre qu’elle tient de son père ! Le Pays Basque.

Avec le même art qu’Ulysse loué par Du Bellay, elle pose l’ancrage à l’ombre des figuiers de sa maison de Saint Pée. La villa Ocre, antique bâtisse de 400 ans, est un lieu-source qu’elle a reconstruit de ses mains, durant 4 décennies. Une maison peinture et sculpture où elle s’épanouit en exaltant l’art du Vivant ! The Life Art ! Die Lebenskunst !

Un peu de Chronologie...
5 à 18 ans

Danse classique avec des professeurs russes en vue de devenir professionnelle.